mardi 12 juillet 2011

Le parc des aveugles

Des familles font des châteaux de sable en riant. Des jeunes aident un vieillard avec ses paquets. Une vieille dame en fauteuil roulant raconte de vieux souvenirs à la foule attentive. Un homme déclare son amour a une femme, elle est belle à ses yeux malgré son poids. Assise dans l'herbe, une femme partage son repas avec un pauvre et profite du vécu de cet homme pendant qu'il lui raconte son histoire. Des amoureux dansent sous les pommiers en fleur. Ça sent l'herbe fraichement coupée, les fleurs et la mer. Assise au milieu de cette valse paraplégique, je règne, je suis la reine borgne dans le parc aux aveugles. J'enfile mes lunettes, teintée couleur réalité. Je me saoule, assise sur ma caisse de bouteilles de conscience, je boit au goulot l'amer liquide, ça passe mal sans mon ami Denis.

Le vent se lève mais le ciel se couche, laissant un trou noir au plafond. L'herbe brule et laisse place au béton, les pommiers deviennent des pancartes interdisant le jeu, l'odeur d'égout remplace l'odeur de la mer. Les chateaux de sable s'envollent. La famille ne rit pas, elle crie à son enfant Bonarien, ses bras troués vers le trou au plafond, un couple en mono au prise avec le parental. Une femme termine son repas, fade de solitude. Jette l'abondance. Un pauvre puant les oubliettes s'oublie et devient charognard.  Il survie inconsidéré et affamé dans une foule d'aveugles repue. Revetant sa cape d'invisibilité d'exclus, il crie que la faim du monde approche. La foule d'indivi-duels fait la lourde-oreille et le messie reçoit une camisole d'aboutdeforce et une injection létalgique. La foule aux yeux à l'envers et à l'oreille interne se félicite d'avoir aidé, d'avoir rendu sévisse.

La conscience c'est contagieux et mortel. La société injecte le vaccin d'inconscience-collective au troupeau et allume la télé, c'est l'heure de la télé-banalité. Vivre dans une réalité cathodique, dans une boite, pour voir du vrai monde. Je règne dans le parc aux aveugles, saoule de conscience portant ma lunette contre la poudre aux yeux. Les aveugles ici sont insonoriés et perméables. Venez au parc aux aveugles, dans la foule dépeuplée d'indivi-duels.

Vous serez... jusqu'à la sortie de la nouvelle version. Lors de votre exclusion de l'incontinence collective, je vous accueillerai avec une bouteille de votre conscience oubliée. En borgnes nous règnerons sur ce royaume, la dimension de l'apparence disparue. Mieux vaut vivre en 2 dimensions que d'être perdu dans une des 3 leurs.

Le parc aux aveugles est dépeuplé, déconsidéré mais il est comme-il-faux. Je suis la reine borgne ivre de trop con-penser pour l'absence de peuple.

Tati la vieille excluse

1 commentaire:

  1. J'ai beaucoup aimé... Non, j'ai adoré... Merci de m'avoir fait connaître ton blog. Annick.

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